Pourquoi je choisis souvent l'open source

Erugo, ConvertX, Listmonk, Directus… Je n'ai jamais décidé d'abandonner les logiciels propriétaires. À force de petites frictions, l'open source est simplement devenu mon premier réflexe.

Baptiste SAVE novembre 2026 4 min de lecture

Je n’ai jamais décidé un matin de ne plus toucher à un outil propriétaire. C’est arrivé outil par outil, remplacement après remplacement, jusqu’à ce que je réalise qu’une bonne partie de ce que j’utilise au quotidien tourne sur du logiciel libre — souvent hébergé chez moi.

Pas une idéologie, une accumulation

Comme je le racontais en parlant de mon homelab, le déclic n’est jamais venu d’un calcul fait à l’avance. Ici c’est la même histoire, sur les logiciels plutôt que sur le matériel. Un abonnement qui traîne, une limite gratuite trop basse, une fonctionnalité verrouillée derrière un palier payant. Pris un par un, rien d’insupportable. Sauf qu’à un moment je me suis retrouvé à chercher une alternative libre presque par réflexe, sans même me demander si ça allait vraiment m’économiser quelque chose.

Je ne suis pas contre le SaaS par principe, d’ailleurs. Il y a des services fermés que je paie sans hésiter, ceux qui me font gagner du temps que je n’ai vraiment pas envie de récupérer moi-même. Mais chaque fois que j’ai cherché une alternative libre à un outil que je payais, j’en ai trouvé une qui tenait la route. Et je l’ai gardée.

Erugo[1] a remplacé WeTransfer chez moi. Le principe est le même — un lien à envoyer, un fichier qui expire au bout d’un moment — sauf que le fichier ne transite plus par un serveur qui ne m’appartient pas. La taille limite dépend maintenant de l’infrastructure que je lui alloue, pas du palier d’un service tiers. Ce n’est pas illimité pour autant, la limite s’est juste déplacée chez moi.

ConvertX[2] a pris la place des convertisseurs en ligne gratuits qu’on utilise tous un jour sans trop y réfléchir. Jusqu’au jour où on réalise qu’on vient d’envoyer un fichier client à un service dont on ne sait strictement rien. Convertir chez moi plutôt que sur un serveur inconnu, pour un document parfois confidentiel, c’est devenu un réflexe plutôt qu’un choix pesé à chaque fois.

Pour la newsletter, Listmonk[3] a remplacé les outils qui facturent au nombre de contacts. Je ne paie plus la gestion de mes listes en fonction de leur taille — il reste quand même l’acheminement des e-mails à assurer derrière, un serveur SMTP ne s’improvise pas gratuitement, donc je ne vais pas prétendre que c’est devenu gratuit du jour au lendemain. Juste que la partie qui coûtait le plus cher, elle, a disparu de la facture.

Et Directus[4] tourne sur mon serveur pour structurer du contenu et des données côté back-office. C’est moins un CMS classique qu’un backend de données avec une interface d’administration générée automatiquement. Pas d’abonnement qui grimpe avec le nombre d’utilisateurs ou de lignes en base — juste la machine qui tourne, celle que j’ai déjà pour autre chose de toute façon.

Il y a un avantage à tout ça que j’ai du mal à chiffrer, et que je ne mesure vraiment que de temps en temps : je peux aller voir derrière. Si un comportement de Listmonk ou de Directus ne me convient pas, je ne suis pas condamné à attendre qu’une fonctionnalité arrive un jour dans une roadmap qui ne m’appartient pas. Je peux lire le code, comprendre le problème, bidouiller autour. Dans les faits je ne le fais presque jamais — je n’ai ni le temps ni toujours les compétences pour aller modifier un projet de cette taille. Mais savoir que la porte est ouverte change déjà quelque chose à la relation que j’ai avec l’outil.

Il faut être honnête sur ce que ça coûte en échange, parce que ce n’est clairement pas gratuit. Un service payant, on ne le maintient pas : il tourne, on paie, et si quelque chose casse, quelqu’un d’autre le répare. Un outil auto-hébergé, c’est moi qui le mets à jour, moi qui gère une panne à 23h un dimanche, moi qui relis la documentation en anglais quand un comportement ne correspond pas à ce qui est prévu. Il n’y a personne à appeler. Il m’est déjà arrivé de perdre une soirée entière sur une mise à jour qui a cassé une instance qui tournait sans problème depuis des mois — pour un outil qui, chez un fournisseur SaaS, aurait juste continué de fonctionner pendant que je dormais.

Donc non, je ne bascule pas tout vers du libre par principe. Certains outils fermés restent en place chez moi, simplement parce que l’alternative open source demanderait plus de travail de configuration que le sujet ne le mérite, ou parce que le service propriétaire fait quelque chose qu’aucun projet libre ne fait encore aussi bien. Le critère n’est jamais « open source si possible ». C’est plutôt : qu’est-ce que je gagne à contrôler cet outil moi-même, et est-ce que ça vaut le temps que je vais devoir y mettre derrière.

La plupart du temps oui. Pas toujours.