Pourquoi j'ai fini par monter mon propre homelab

Entre les serveurs de jeu facturés au mois, les VPS trop puissants pour un dashboard solaire et les services cloud qui s'empilent, j'ai fini par tout ramener chez moi.

Baptiste SAVE septembre 2026 6 min de lecture

Chez moi il y a une baie de serveurs. Dans un coin de pièce que personne ne voit jamais. Non, je ne me suis pas découvert une passion d’admin système un dimanche matin en me levant. Tout est parti de trois factures qui revenaient chaque mois, et qui à force, ça m’a sorti de mes gonds.

Trois vies, trois abonnements qui traînent

Je suis gamer avant d’être développeur. Ça n’a jamais bougé. Jouer avec des potes, sur la plupart des jeux qui s’y prêtent, ça veut dire louer un serveur. Quelques dizaines d’euros par mois pour un jeu qu’on relance à fond pendant trois semaines, qu’on laisse tomber, qu’on redécouvre six mois après sans prévenir personne. Payer un forfait fixe pour un usage pareil, à un moment ça m’a paru absurde.

Côté dev c’est l’inverse qui posait problème, mais le résultat était le même : mes premiers projets solo n’avaient rien d’impressionnant, un dashboard pour des panneaux solaires, un monitoring de température qui tourne deux fois par jour, et malgré ça je payais chaque mois un VPS taillé pour encaisser une charge que je n’ai jamais eue.

Et le créatif en moi a ses propres factures. Compresser une vidéo. Envoyer un fichier trop lourd pour un mail. Archiver un projet fini. Un service différent à chaque fois, une petite limite gratuite, un palier payant collé juste au-dessus. Pris un par un, rien de choquant. Tout ensemble, ça pesait largement plus lourd que ce que j’aurais pu monter moi-même. Et c’est là qu’un calcul tout bête a fait basculer les choses : un abonnement cloud pour quelques téraoctets, payé année après année, finit toujours par coûter plus cher qu’un disque équivalent acheté une seule fois. Passé un certain nombre d’années le disque est remboursé, et il continue de tourner après, sans facture qui retombe. Je l’ai fait pour Smash. Pour Google Drive. Pour Google Photos. Pour les VPS chez OVH et Scaleway aussi. Et j’ai coupé. Un par un.

Le premier serveur, je ne l’ai pas monté seul

Autant le dire tout de suite, parce que ça compte pour qui voudrait s’y mettre un jour : mon premier serveur, je ne l’ai pas monté seul. Un ami, Brokeos, m’a guidé pas à pas pour installer mon premier serveur Minecraft. Le reste je l’ai appris en le faisant. Pas avant.

C’était une époque où la RAM ne coûtait presque rien. J’ai pris les composants, un boîtier ultra-ventilé, installé Proxmox[2] dessus. Largement assez pour un serveur Minecraft entre amis, à l’époque. Avec le recul c’est probablement ce choix qui a permis toute la suite, parce que sans virtualisation chaque nouveau projet aurait demandé sa propre machine, son boîtier, sa prise, son achat — alors que là, un nouveau projet c’est juste une VM de plus sur un serveur qui existe déjà. Puis un NAS est arrivé. Ensuite quelques services que j’auto-héberge. Puis un projet de dev, puis un autre. Sans vraiment m’en rendre compte, le serveur pensé pour Minecraft était devenu l’endroit où j’hébergeais pratiquement tout.

La folie des grandeurs

Un serveur de jeu, ça devait rester un serveur de jeu. Ça n’a pas duré.

J’ai récupéré des onduleurs réseau pour qu’une coupure de courant ou une surtension n’aille pas cramer un disque au passage. Puis un soir je me suis retrouvé à taper, sans trop de fierté, dans une barre de recherche : « how to buy a server rack in France ». J’avais déjà deux NAS grand public à côté, pleins depuis un moment. J’aurais pu en racheter un troisième avec la même limite gravée dedans dès la sortie de la boîte. Ou monter le mien, avec du stockage qui s’agrandit au lieu d’être plafonné dès le premier jour.

J’ai pris la deuxième option. Un boîtier rackable, deux disques de 8 To montés en RAID[3]. Aucun plan tracé à l’avance dans toute cette histoire, juste un boîtier ventilé qui de « et si » en « et si » a fini en vraie baie de serveurs.

Ce qui tourne dessus aujourd’hui

Toutes mes photos, iPhone comme le reste, y sont stockées, hors Google Photos. J’y archive aussi ce qu’il y avait de physique dans la maison : albums photo, vidéos de famille numérisées qui dormaient dans un carton depuis des années et des années. Les documents pro et perso y passent, compressés, chiffrés, avant de partir en copie sur des clouds alternatifs — en sauvegarde, jamais en stockage principal, jamais. Le NAS fait office de cloud perso, quelque part. Et c’est là aussi que tournent mes démos et prototypes de dev, Quests compris.

Cette manie de tout garder ne date pas du homelab. Elle était là bien avant, elle. Mon tout premier NAS était déjà plein d’archives : les films tournés au collège, des vidéos de vacances, des rush bruts de mes tout premiers essais sur After Effects. Je garde le moindre souvenir. Parce qu’un jour j’aurai peut-être envie de le revoir, et je ne veux pas découvrir trop tard qu’il n’existe plus. Le homelab n’a rien inventé de tout ça. Il lui a juste, enfin, donné de la place.

Surveiller ce que ça consomme

Posséder son matériel, ça oblige aussi à regarder ce qu’il coûte vraiment. Pas seulement à l’achat.

Depuis septembre 2025 je surveille la consommation électrique avec des prises connectées qui relèvent consommation et température, reliées au suivi des panneaux solaires de la maison, pour savoir combien de temps le foyer tient en autonomie. En juillet, le serveur Proxmox et le NAS ont consommé 107,70 kWh à eux deux avec leur onduleur — box et switch réseau non compris, ils sont sur un autre circuit. Grosso modo 145 W en continu, jour et nuit, qu’il y ait quelqu’un derrière ou pas. Le solaire de la maison en a couvert 48 % en moyenne ce mois-là. Le reste vient du réseau, la nuit surtout — forcément, une fois le soleil couché il n’y a plus rien à capter.

Ça m’a forcé à arrêter d’empiler bêtement de la puissance et à me demander pour de vrai ce qui tournait pour rien. Le serveur Minecraft par exemple restait allumé même les jours où personne ne s’y connectait. Donc j’ai fini par coder mon propre système d’extinction automatique : plus personne dessus, la machine s’éteint. Plus de 20 Go de RAM libérés, plusieurs kilowatts économisés chaque semaine creuse.

Sur la sécurité de tout ce dispositif il y aurait largement de quoi écrire un article à part. Une autre fois.

Ce que j’en retire

Je ne conseillerais pas un homelab à tout le monde. Ça demande du temps et de l’argent avant de voir quoi que ce soit revenir. Pour moi le déclic n’est pas venu d’un tableur ouvert un soir pour calculer un retour sur investissement. Il est venu de plusieurs petits abonnements qui, pris un par un, avaient l’air raisonnables. Et qui, mis ensemble, ne l’étaient plus du tout.

Il me reste une limite que je n’ai pas réglée : tout vit au même endroit. Si la maison brûle, ou qu’un disque lâche au mauvais moment, tout part avec. La suite logique ce sera soit un deuxième serveur ailleurs dédié aux sauvegardes, soit une solution de stockage froid[4] pour sortir les archives les plus importantes du réseau, à l’abri. Quand la quantité de souvenirs accumulés le justifiera vraiment.

Chaque projet terminé, chaque vidéo familiale, chaque photo est devenue une raison de plus de prendre les sauvegardes au sérieux.

Il fait partie de la maison maintenant, ce homelab. Un peu comme la box internet ou le tableau électrique — ce genre de chose dont on remarque l’existence seulement le jour où ça tombe en panne. Parce qu’au fond, ce n’est déjà plus une histoire de matériel. Le matériel, ça se rachète. Les souvenirs, non.